25/05/2026
La Lettre APD 745 Prothésiste Dentaire profession de santé.
Les prothésistes dentaires italiens revendiquent un statut de profession de santé. Et en France ?
La reconnaissance du prothésiste dentaire comme "auxiliaire médical" suscite l’opposition des syndicats dentaires, et de prothésistes dentaires, voire d’artisans très attachés à cette particularité française.
Pourtant, cette position apparaît aujourd’hui en décalage avec la réalité du terrain et l’évolution des pratiques professionnelles.
Cette attitude corporatiste n’est pas sans poser certaines questions voire d’engager la responsabilité des chirurgiens-dentistes dans certains cas.
Par exemple pour les prises de teinte par le prothésiste dentaire, leur collaboration au fauteuil, les essayages et corrections esthétiques délégués au laboratoire ou encore la pose de réparations directement aux patients à la demande des praticiens ne pourraient-ils s’apparenter à du travail dissimulé, contraint et non rémunéré ?
Ces interventions sont devenues indispensables pour garantir la qualité, la précision et l’esthétique des restaurations prothétiques modernes.
Or, ces actes restent juridiquement flous alors même qu’ils sont souvent accomplis dans le cadre d’une coopération étroite avec les chirurgiens-dentistes.
Leur reconnaissance officielle permettrait pourtant de sécuriser les pratiques de l’ensemble de la filière, hors de tous « dogmes ».
Un nouvel encadrement professionnel présenterait plusieurs avantages majeurs :
- Une sécurisation juridique des pratiques actuelles, en clarifiant les missions pouvant être réalisées par les prothésistes dentaires dans le cadre de leur compétence technique ;
- Une meilleure reconnaissance des responsabilités et du savoir-faire des laboratoires, aujourd’hui au cœur de la chaîne de fabrication des DMSM ;
- Une collaboration renforcée avec les chirurgiens-dentistes, fondée sur des missions clairement définies et légalement encadrées ;
- Une amélioration de la traçabilité et du contrôle des actes, grâce à un double suivi entre cabinet et laboratoire, limitant les dérives et actes frauduleux ;
- Une valorisation des compétences françaises dans un contexte européen où plusieurs pays font déjà évoluer le statut des prothésistes dentaires.
Pour les syndicats, il s’agit d’actes illégaux relevant de l’art dentaire* même si relever une teinte n’est en aucun cas un soin, pas plus que ne le sont des modifications esthétiques ou les réparations de DMSM.
L’argument du secret médical, souvent avancé pour refuser cette évolution, semble également difficile à maintenir. Les prothésistes dentaires travaillent déjà au sein du parcours de soins, en lien avec des professionnels soumis au Code de la santé publique et à des obligations déontologiques strictes, et de ce fait comparable au secret professionnel.
La jurisprudence a d’ailleurs reconnu la nature particulière des relations entre chirurgiens-dentistes et laboratoires.
Enfin, sur le plan réglementaire, la France conserve toute latitude pour faire évoluer l’organisation des professions de santé, comme cela a été rappelé lors du dernier Dental Forum, les États restent souverains en matière de santé publique malgré le cadre européen.
Reconnaître officiellement le rôle des prothésistes dentaires ne reviendrait pas à empiéter sur les compétences des chirurgiens-dentistes, mais à adapter la réglementation à la réalité des pratiques actuelles, dans l’intérêt des professionnels comme des patients.
Pierre-Yves Besse Président de l’APD [email protected]