23/10/2025
L’obésité favorise l’altération de la perception du goût lipidique mais également l’expression des gènes des papilles gustatives affectant la signalisation et les réponses inflammatoires. L'amélioration de la sensibilité gustative aux lipides observée chez certains patients après chirurgie bariatrique n’est pas constante, les mécanismes biologiques sous-jacents à cette variabilité interindividuelle restant à élucider. L’étude « Fat taste sensitivity in women with obesity: transcriptomic analysis of fungiform papillae before and after bariatric surgery », conduite par l’équipe du Pr Philippe Besnard, se proposait de déterminer -grâce à l’exploration de l’activité transcriptomique des papilles fongiformes- si les changements dans l'expression de leurs gènes contribuent à la variabilité de la sensibilité au goût lipidique des patients adultes, avant et après une chirurgie bariatrique.
Méthodes : Les seuils de détection du goût lipidique ainsi que le profil transcriptomique de papilles fongiformes fraîchement prélevées ont été évalués chez 28 femmes souffrant d'obésité sévère, avant et 6 mois après une sleeve gastrectomie.
Résultats : Selon les seuils de détection lipidique déterminés après la chirurgie, deux sous-groupes ont été identifiés : patientes « lipid-improved » (avec amélioration de la perception) et « lipid-unimproved » (sans amélioration). Les patientes du groupe « lipid-unimproved » présentaient une perte de poids moindre, ainsi que des taux plasmatiques plus élevés d'insuline à jeun, de protéine C-réactive et de fibrinogène (Fig.1). Ce sous-groupe surexprimait également des gènes impliqués dans l’inflammation et l’apoptose, certains étant positivement corrélés à des seuils de détection des lipides élevés (donc à une faible sensibilité). En revanche, le gène clé de signalisation des cellules gustatives (TRPM5) était sous-exprimé. Chez les patientes du groupe « lipid-improved », des gènes impliqués dans le renouvellement cellulaire, la fonction neuronale et le recyclage des récepteurs étaient surexprimés et associés à une meilleure détection des lipides. Des activités immunitaires ont été identifiées dans le groupe « lipid-unimproved » et des activités anti-inflammatoires dans le groupe « lipid-improved » (Fig.2).
Conclusion : L’analyse transcriptomique des papilles gustatives permet de discriminer les patients présentant une amélioration de la perception du goût lipidique de ceux ne montrant aucune amélioration après une sleeve gastrectomie. Un profil inflammatoire localisé au niveau buccal, susceptible d’altérer le fonctionnement des bourgeons gustatifs, est associé à l’absence d’amélioration de la détection des lipides.
Implications pour la recherche et la pratique clinique : La mise en évidence de biomarqueurs prédictifs de la sensibilité gustative aux lipides pourrait conduire à une prise en charge nutritionnelle et thérapeutique individualisée, en amont de la chirurgie bariatrique, dans le but d’optimiser les résultats cliniques à long terme.
Lire l’article complet : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40545805/